Le Verfügbar aux Enfers

Le Verfügbar aux EnfersUne opérette à Ravensbrück de Germaine Tillion.
Tragi-comédie en forme de Revue.

Trois compagnies se sont regroupées pour la réalisation de ce projet dans une Société en Participation dénommée Femmes et Résistances : Nuits Blanches en Compagnie, Trafic d’Arts II, Léda Atomica Musique.

Créée en février 2011 au Théâtre Gyptis à Marseille.
Représentations au Théâtre Le Comoedia à Aubagne, au Théâtre Antoine Vitez à Aix-en-Provence et à Rognes.

Le Verfügbar aux Enfers est une œuvre écrite clandestinement au Camp de concentration de Ravensbrück par Germaine Tillion (éminente ethnologue) au cours de l’hiver 1944-1945.

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Cette œuvre, une des plus singulières qui nous soit parvenue des camps de la mort, est également unique dans l’œuvre de Germaine Tillion, née  en 1907. Pionnière de l’ethnologie, résistante de la première heure, opposante à la torture en Algérie, « femme de réflexion et d’action à la recherche du vrai et du juste », Germaine Tillion est décédée en 2008, à l’âge de 101 ans.
Entrée dans la Résistance dès 1940, elle a été une des responsables du réseau du Musée de l'Homme jusqu'à son arrestation sur dénonciation en août 1942.
Arrivée à Ravensbrück en octobre 1943, après plusieurs mois à la prison de Fresnes, Germaine Tillion entreprend l’écriture de cette opérette-revue à l’automne 1944.
Ce texte n’est pas un témoignage. Il n’a pas été écrit pour être représenté mais seulement dit et chantonné dans le groupe des compagnes de Germaine Tillion.

Le Verfügbar aux Enfers est une véritable "comédie musicale" écrite clandestinement au Camp de concentration de Ravensbrück par Germaine Tillion au cours de l'hiver 1944-1945. C’est, cachée dans une caisse, qu’elle écrit avec la complicité de ses compagnes de captivité cette œuvre détonante.
Humour, dérision, détournement lui permettent de raconter l'Enfer dans lequel ces femmes se trouvent, avec une distance salutaire, et de lui substituer un Enfer d'opérette, en référence à L'Orphée aux Enfers d’Offenbach.
Cette opérette dont le ton vif et léger pourra surprendre répondait à un besoin aussi impérieux que les autres besoins élémentaires. En cela elle reste fidèle à l’engagement que Germaine Tillion avait pris en entrant dans la résistance « …nous pensons que la gaîté et l’humour constituent un climat intellectuel plus tonique que l’emphase larmoyante. Nous avons l’intention de rire et de plaisanter et nous estimons que nous en avons le droit, car nous sommes engagés corps et bien dans l’aventure nationale… »
Le rire et le chant deviennent des armes contre l’entreprise de déshumanisation qu’est le système concentrationnaire. En affirmant la vie dans l'antre même de sa négation, Germaine Tillion nous livre ici un acte de résistance.
Elle a observé, collecté, consigné, décrit et analysé le système concentrationnaire ; elle a eu cette audace d'inverser les termes du rapport de domination : de surveillée elle s'est faite surveillante, de victime soumise elle est devenue active observatrice.
Comme le Naturaliste, personnage grotesque d'anthropologue qu’elle a inventé "pour l'occasion", Germaine Tillion dissèque le Verfügbar, "cette nouvelle espèce zoologique… apparenté aux gastéropodes, car il a l’estomac dans les talons" et "produit de la conjugaison d’un gestapiste mâle avec une résistance femelle".
L'adaptation que nous proposons renforce la choralité du texte mais aussi son caractère subversif : l’impertinence face à l’oppression, le chant et le rire comme un "pied de nez" à la mort. C’est le petit groupe de femmes qui a imaginé cette entreprise audacieuse que nous avons voulu mettre en jeu.

A la manière d'un Chœur antique, un groupe de françaises, prisonnières pour faits de résistance, entrainées par un Coryphée grotesque, Le Naturaliste, va tenter de raconter, sous la forme d'une Revue grinçante, le quotidien de leur condition de détenues dans le camp. Le thème de la revue est "la leçon d'histoire naturelle sur l'espèce Verfügbar".
Dans la première partie le chœur des femmes commente la conférence pseudo-scientifique de cet anthropologue d'opérette par des chansons, des saynètes aux allures de sketches. Les comédiennes-chanteuses-musiciennes sont tour à tour chœur et protagonistes.
Elles évoquent la naissance, l'anatomie, la durée de vie, les parasites, les maladies de "cette espèce … anatomiquement classée parmi les animaux inférieurs, mais supérieur à l’huitre…, quelquefois femelle, mais le plus souvent rien du tout… ", et ce, à travers un répertoire éclectique qui va de la chanson populaire à l'opéra, en passant par des chansons scoutes, l'opérette ou des standards de la chanson réaliste d'Edith Piaf ou de Tino Rossi.
Au fil des actes elles n'ont bientôt plus besoin de meneur de jeu pour mettre en scène leur vie : le travail, la faim, le cercle d'étude ou la leçon d'allemand. La réalité est de plus en plus difficile à détourner, à mettre en musique et les dernières tentatives pour relancer la Revue échouent.
Le parti pris de mise en scène accentue la dramaturgie proposée par Germaine Tillion, en référence à la Revue ou au Cabaret. Les effets de collage et d’ellipse créent une légèreté, une acuité et une distance indispensables pour éviter toute dramatisation excessive.  
L’énergie vitale contenue par le texte et accentuée par le chant raconte le combat que livrent ces femmes contre la déchéance et l’anéantissement. Ce texte parle beaucoup des corps. Au-delà des séquences dansées proposées dans cette "tentative" de Revue, le travail chorégraphique et la mise en scène donneront à voir la tension entre la vitalité et l'épuisement, le grotesque et le tragique.
La scénographie épurée travaille sur un détournement constant des images, des objets, des vêtements : un mur mobile, à la fois fond de scène de cabaret, tableau de la conférence, mur d’enceinte… un chariot…une enseigne de cabaret (lumineuse) mais aussi porte de l’Enfer…
C’est dans cet espace suggestif que les neuf  interprètes se feront "passeuses" de cette parole qui nous est parvenue de l’inconcevable.  
Une Opérette à Ravensbrück-Le Verfügbar aux Enfers est cette tentative de se divertir, rire et chanter ensemble pour affirmer son humanité. Car résister pour la vie et la vérité par la dérision et l’éclat du rire partagé c’est également affirmer que ce qui limite le vrai n’est pas le faux mais l’insignifiant. C’est l’œuvre d’un risque, de ceux qui font advenir l’humanité contre elle-même, dans la confiance…
Mais … aujourd'hui... Comment parler encore, jouer encore, chanter encore ?
En le faisant, encore.
Au-delà du témoignage que constitue ce texte aujourd’hui, la force de vie ainsi que le combat pour la dignité qui s’en dégagent, en font une véritable leçon d’humanité.

Ce film présente les intentions de la metteuse en scène Danielle Stéfan et le travail réalisé au moment de la création du spectacle au Théâtre Gyptis à Marseille en février 2011.

Ecoutez la composition d'Alain Aubin intitulée "Danse macabre" :

 

Coproductions
Théâtre Gyptis
, Marseille
3bisF, Lieu d'arts contemporains à Aix-en-Provence (Aide à la production et résidence de création)

Autres partenaires
Théâtre Antoine Vitez
, Aix-en-Provence
Théâtre Le Comœdia, Aubagne

Le projet reçoit l’aide à la création de la Ville d’Aix en Provence, la Ville de Marseille, le Conseil Général 13, la Région PACA, la DRAC PACA, l’ADAMI, la SPEDIDAM.
Il est également soutenu par l’Association Germaine Tillion.

Distribution
Mise en scène : Danielle STÉFAN
Adaptation : Danielle STÉFAN et Hélène ARNAUD
Dramaturgie : Dominique CHEVÉ
Assistanat mise en scène : Hélène ARNAUD
Composition et arrangements musicaux : Alain AUBIN
Chorégraphie : Anne-Marie CHOVELON
Scénographie : Christian GESCHVINDERMANN
Création Lumière : Jean-Luc MARTINEZ
Costumes : Virginie BRÉGER

Comédiennes-Chanteuses-Musiciennes ou "Musechant’actrices"
Magali BRACONNOT - violon
Amandine BUIXEDA
Marie-Ange JANNUCCILLO
Aurélie LOMBARD
- accordéon
Alice MORA
Elisabeth MOREAU
Henriette Nhung PERTUS
Frédérique SOULOUMIAC
Murielle TOMAO

 

Les Partenaires

Logo Spedidam Logo Adami Logo Ville de MarseilleLogo Ville D'Aix-en-Provence Logo Conseil General 13 Logo Drac PACA Logo Région PACA

 

"On m'a dit il faut résister" - Extrait du spectacle

 

Interview de Danielle Stéfan par TV7 Provence

 

Interview de Danielle Stéfan par LCM

 

Crédit visuel © Bik & Book Design
Crédit vidéo © Frédéric Vidal & Aime le mot dit